Discours du trône, Québec, 7 février 1945

7 février 1945
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Honorables Messieurs du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

Il m’est agréable de vous voir réunis pour commencer les travaux parlementaires de la première session de la Législature nouvellement élue.

Évidemment, il ne saurait être question pour les nouveaux ministres de proposer, dès la première session, toutes les réformes sociales ou économiques qu’ils préconisent.

Le gouvernement s’appliquera à orienter la politique et la législation en vue d’assurer la primauté de l’être humain sur les choses créées pour l’accomplissement de la haute destinée de l’homme.

Convaincu que nos familles sont les cellules vivantes de notre société et le gage de notre survivance en territoire canadien, le gouvernement s’occupera particulièrement de recommander l’adoption de mesures appropriées pour leur venir en aide et reconnaître leur incomparable contribution au bien-être et à la prospérité de la nation.

L’agriculture et la colonisation auront, dans les préoccupations administratives du gouvernement, le rang qui leur appartient et qui a été reconnu de 1936 à 1939.

Le gouvernement favorisera l’enseignement, encouragera la coopération, excellente formule de durable progrès et de solidarité sociale.

Il facilitera la fertilisation des sols et le drainage des terres. Il s’emploiera à consolider les paroisses organisées et à diriger les défricheurs de façon que toute nouvelle colonie soit, autant que possible, le prolongement naturel de l’ancienne, en fournissant aux colons des terres entièrement libres et sans léser les droits légitimes de la très importante industrie forestière.

Le prêt agricole institué en 1936, ayant donné à l’agriculture la propriété du sol et des bâtiments, condition préalable essentielle, le gouvernement appliquera une saine politique d’électrification rurale par l’entremise de coopératives agricoles d’électricité. Nous voulons que nos cultivateurs puissent bénéficier du développement et des progrès scientifiques dans le domaine hydroélectrique, grâce à une politique qui offrira les meilleures garanties possibles de succès et d’expansion progressive et rationnelle.

Le gouvernement reconnaît la nécessité et la valeur indiscutable du capital sain. Il est bien déterminé à lui rendre pleine et entière justice parce qu’il le considère toujours utile, mais surtout à l’époque présente et en vue du règlement des problèmes d’après-guerre. Le gouvernement saura énergiquement réprimer tous les abus et tous les excès de la finance.
Il tient particulièrement à ce que les ressources hydroélectriques de la province soient utilisées pour le bénéfice de notre population, à des taux raisonnables, et à des conditions qui permettent l’électrification graduelle de nos villages et de nos campagnes. Les ressources naturelles de la province doivent servir le peuple et non pas l’asservir.

Le gouvernement s’emploiera à procurer à notre jeunesse la place à laquelle elle a droit dans l’œuvre de développement de notre province, et c’est son intention d’organiser un service administratif spécialement chargé du bien-être et de l’avenir de la jeunesse.

Afin de connaître exactement la valeur de notre patrimoine provincial ainsi que les avantages qu’il offre à l’activité des nôtres, le ministère se propose de continuer, de compléter et d’améliorer l’inventaire commencé en 1937. Cet inventaire nous mettra à même de surveiller plus étroitement l’exploitation de nos richesses, de diriger à meilleur escient l’exploitation industrielle et agricole, de faciliter l’exploitation rationnelle de nos bois, de nos minerais, de nos pêcheries, de notre houille blanche, d’adapter l’industrie, grande et petite, aux ressources et aux besoins particuliers de chaque région. Cet inventaire procurera en même temps du travail à nos jeunes et facilitera l’utilisation de leurs talents et de leurs énergies.

Le gouvernement sait quels services rendent les différentes professions; aussi entend-il les traiter toutes avec justice. Il a cependant une sollicitude particulière pour la classe ouvrière. Il ne négligera aucun des moyens à sa disposition pour aider l’employeur et l’employé, tous deux indispensables, à collaborer sincèrement et à établir entre eux le règne de la justice et de la charité. Les réformes et des améliorations vous seront recommandées pour atteindre ce but louable et pour donner à la politique et à l’administration de la province une orientation sociale appropriée.

Parmi ces réformes, le gouvernement vous proposera des mesures de réhabilitation et d’adaptation susceptibles de permettre aux victimes d’accidents de travail, aux blessés qui nous reviendront de la guerre, aux infirmes, de pouvoir gagner leur vie et d’apporter leur contribution au bien-être familial et social.

Le gouvernement considère l’industrie forestière d’une importance vitale et des mesures adéquates seront prises afin d’assurer, à la fois, la stabilité de cette industrie et une exploitation profitable pour notre province, en particulier pour nos ouvriers.

Conscient de la valeur de l’enseignement à tous ses degrés, le gouvernement vous demandera votre coopération pour réaliser des améliorations qui seront profitables à l’éducation, au personnel enseignant ainsi qu’aux élèves. Le gouvernement accordera une attention toute spéciale à la protection de la santé publique et s’occupera du problème très important des jeunes délinquants.

Le développement de nos richesses minières, la mise en marché et la distribution de nos produits, la prospérité de nos pêcheries et l’amélioration de notre réseau routier, particulièrement au point de vue rural, seront aussi l’objet de l’attention du gouvernement.

Afin de sauvegarder les droits démocratiques du peuple, il vous proposera une nouvelle loi électorale.

Le gouvernement considère que la centralisation de la richesse entre les mains d’un petit nombre constitue une injustice flagrante, un danger social; c’est pourquoi il vous soumettra une législation pour venir en aide à la petite propriété. Vous serez également appelés à étudier des projets pour obtenir une meilleure et plus juste répartition des impôts publics et pour remédier aux injustices qui découlent de la taxe de vente provinciale établie en 1940.

Les membres du service civil provincial sont les collaborateurs de l’administration. Le gouvernement vous soumettra des mesures propres à assurer leur bien-être.

Afin de pouvoir donner à l’administration ainsi qu’à la législation provinciales l’orientation familiale, sociale et nationale que le gouvernement propose, il est nécessaire que la province puisse exercer dans leur intégrité les droits, prérogatives et libertés que lui reconnaît l’Acte de l’Amérique britannique du Nord. Le gouvernement considère qu’il n’appartient ni à une majorité des provinces, ni au gouvernement d’Ottawa; d’apporter des changements à la Constitution canadienne. Il croit fermement que l’Acte de l’Amérique britannique du Nord est un pacte d’honneur entre les deux grandes races il entend le respecter, il en exige le respect.

Il estime que la décentralisation administrative et législative est de l’essence même du pacte fédératif, tandis que la centralisation s’apparente à l’hitlérisme, qui répugne profondément à la province de Québec. Le gouvernement entend coopérer à la grandeur et à la prospérité de la Confédération canadienne, fondée sur le respect du pacte fédératif, essentiel à la véritable unité nationale.

A cause de leurs besoins particuliers et de l’étendue de leur territoire, vaste comme une province de la Confédération, il y aurait lieu de donner aux comtés de Charlevoix et de Saguenay chacun un représentant. Le gouvernement vous soumettra un projet à ce propos.

Vous aurez à étudier plusieurs projets susceptibles d’aider au règlement des problèmes d’après-guerre et vous aurez à légiférer sur diverses autres matières d’intérêt public et d’intérêt privé.

Messieurs de l’Assemblée législative,

Les comptes publics de la dernière année fiscale vous seront distribués et je vous prierais de voter le budget des dépenses pour le prochain exercice.

Honorables Messieurs du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

Vos délibérations s’inspireront, je n’en doute pas, du désir de réaliser le bien commun. Je demande à Dieu de hâter le triomphe des alliés et de donner au monde une paix juste et durable. Puisse la Divine Providence bénir vos travaux afin qu’ils assurent le progrès de notre chère province et le bonheur de toute sa population.

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Histoire · Les grosses têtes · Québec

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