Discours du trône, Québec, 18 janvier 1939

18 janvier 1939
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Honorables Messieurs du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

Je suis heureux de vous voir réunis pour reprendre vos travaux parlementaires, en particulier pour étudier plusieurs mesures d’intérêt public que le Gouvernement désire vous soumettre.

Les manifestations religieuses qui ont eu lieu à Québec à l’occasion du premier congrès eucharistique national au Canada ont laissé un souvenir ineffaçable chez ceux qui y ont pris part ou qui en ont été témoins. Le succès de ces fêtes a prouvé une fois de plus que notre province est la terre par excellence de la foi et qu’elle reste toujours fidèle à ses meilleures traditions.

Vous l’avez appris avec un vif plaisir, Leurs Majestés le Roi George VI et la Reine Elizabeth débarqueront à Québec vers le milieu de mai, pour commencer une tournée officielle à travers les provinces du Canada. La visite de Leurs Majestés, la première dont des souverains britanniques auront honoré leurs sujets de l’Amérique du Nord, marquera dans les annales canadiennes. Je traduirai sans doute le sentiment unanime du Québec en affirmant que, nulle part, nos gracieux Souverains ne recevront un accueil plus cordial, plus respectueusement affectueux, que dans notre province, où tous se plaisent à considérer la couronne comme le symbole des institutions démocratiques et des libertés constitutionnelles dont nous jouissons.

La Commission fédérale des relations entre le Dominion et les Provinces a tenu séance à Québec pendant la prorogation, et le Gouvernement a profité de l’occasion pour défendre les droits provinciaux et pour affirmer qu’il n’appartient ni à la majorité des Provinces ni au Gouvernement d’Ottawa d’apporter des changements à la constitution canadienne. Il a, de plus, émis l’avis que, s’il y a lieu de faire des rajustements ou des réformes, ces rajustements et ces réformes pourraient aisément s’effectuer dans le cadre de la constitution actuelle et sans qu’il soit nécessaire de changer celle-ci. Enfin, il a déclaré une fois de plus qu’il reste disposé à collaborer à toute mesure d’intérêt général non incompatible avec les droits provinciaux, car il désire concilier le respect de ces droits avec la réalisation de tout progrès véritable.

Les lois que vous avez votées dans les sessions précédentes paraissent produire d’excellents résultats.

Dans notre province, comme d’ailleurs dans tout pays où l’économie nationale est bien ordonnée, l’agriculture doit tenir la première place dans la sollicitude des législateurs et des administrateurs. Le crédit que vous avez institué en faveur des agriculteurs, non seulement a permis à des milliers de rester sur leurs terres et d’établir leur fils, mais a inspiré à tous une plus grande confiance en leur succès comme en leur noble profession. Fidèle à sa politique d’encouragement à toutes les initiatives propres à donner de l’essor à l’agriculture, le Gouvernement vous demandera de mettre des sommes additionnelles à la disposition de l’Office du crédit agricole. Il vous proposera aussi d’autres projets concernant l’agriculture, particulièrement en vue d’y favoriser l’enseignement et la coopération, d’encourager la fertilisation des sols et le drainage de certains terrains, de réorganiser la distribution des produits laitiers de façon à les rendre plus rémunérateurs pour les cultivateurs.

Une manière efficace de bien servir l’agriculture est d’assurer les progrès de la colonisation. Selon le programme qu’il s’est tracé, le ministère de la colonisation s’emploie à consolider les paroisses organisées et à diriger les défricheurs de façon que toute nouvelle colonie soit le prolongement naturel d’une ancienne. Cette politique donne déjà de bons résultats, et le Gouvernement entend la poursuivre vigoureusement en fournissant aux défricheurs des terres entièrement libres, sans nuire aux droits légitimes de l’importante industrie forestière.

Celle-ci, à la faveur des dispositions que le Gouvernement a prises pour en régler la production, se trouve aujourd’hui, au dire de connaisseurs, dans une situation plus favorable. Certes, elle a dû restreindre son activité en présence de la diminution de la consommation. Mais les stocks que les consommateurs avaient accumulés en prévision d’une hausse des prix s’épuisent et tout indique que la demande des produits forestiers ira maintenant en augmentant. Vous serez appelés à étudier un projet destiné à simplifier les lois qui régissent le domaine et à les mieux adapter aux besoins de l’heure, afin d’assurer à l’industrie forestière tous les éléments de sécurité et de stabilité qui lui sont indispensables.

Grâce aux mesures qui ont été adoptées et, particulièrement, à l’inventaire qui se poursuit depuis deux ans, les richesses minières de notre province sont mieux connues et le développement en est poussé avec plus de vigueur. Un chemin de fer d’une centaine de milles, reliant les différentes mines du Nord-Ouest québécois à Senneterre et à Noranda, a été inauguré dernièrement. Dans quelques mois, une grande route carrossable mettra l’Abitibi en communication directe avec Montréal. Suivant l’autorisation que vous leur avez donnée, l’Université Laval a ouvert des cours de génie minier à Québec et le Gouvernement a aménagé une mine-école, pour y mieux préparer ceux qui désirent se faire une carrière dans la recherche et l’exploitation des mines. Ces initiatives, ces progrès sont de bon augure ; car l’industrie minière est étroitement liée aux autres industries et, en se développant elle ne peut manquer de contribuer largement à la prospérité de notre province en général, et notamment de fournir du travail à notre jeunesse, dont le Gouvernement tient à assurer l’avenir.

Le Gouvernement vous demandera d’étudier les moyens de rendre plus intenses et plus rapides les progrès que nos pêcheries ont fait récemment.

Vous serez saisis de propositions tendant à mieux assurer l’hygiène ainsi que la santé publique.

Soucieux de l’avenir des jeunes, vous avez autorisé l’établissement de plusieurs écoles spéciales propres à mettre en valeur les aptitudes de chacun. A la présente session, le Gouvernement vous proposera d’apporter une solution définitive au problème de l’enseignement universitaire. Il continuera à s’occuper de l’initiation professionnelle de notre jeunesse, de façon à lui rendre plus facile l’accès dans les diverses branches de l’activité commerciale et industrielle. Il collaborera de plus avec les autorités compétentes pour donner toute l’aide convenable à l’enseignement tant primaire que secondaire.

Les lois sociales que vous avez votées, à la suggestion du gouvernement, ont eu pour effet de remédier à de nombreux abus et de protéger plusieurs centaines de mille de travailleurs. Le Gouvernement ne négligera aucun des moyens à sa disposition pour sauvegarder, dans l’ordre et la justice, les droits respectifs des ouvriers et des employeurs.

A la faveur de mesures appliquées par le Gouvernement actuel, les vieillards et les aveugles du Québec bénéficient mensuellement d’une somme d’environ un million de dollars. L’assistance aux mères nécessiteuses marque, elle aussi, un progrès nouveau, une réforme nouvelle. Le Gouvernement continuera à réaliser toutes les améliorations raisonnables en matière de législation sociale.

Bien qu’il n’ait pas reçu toute l’aide à laquelle, à son avis, il avait droit, le Gouvernement a fait des efforts considérables pour substituer, partout où la chose était praticable, le travail rémunéré à l’assistance-chômage si démoralisante.

Le syndicat national de l’électricité a commencé l’établissement d’une centrale dans le Témiscamingue, et les travaux seront poussés avec célérité. Le Gouvernement est d’opinion que les ressources naturelles de la province doivent servir et non asservir la population; sans porter préjudice aux droits légitimement acquis, il continuera d’appliquer la politique qui, pendant les deux dernières années, a produit de féconds résultats.

Le Gouvernement actuel a entrepris des travaux considérables en vue d’améliorer notre réseau routier. C’est son intention de remédier, le plus économiquement possible, à une situation qu’il n’a pas créée et de diriger ses activités en ce domaine de telle façon que toute la province en profite.

Le comité chargé d’étudier notre fiscalité a fait des recommandations, et vous serez appelés à amender quelques-unes de nos lois d’impôt.

Vous aurez en outre à légiférer sur diverses matières, entre autres sur la petite propriété, les ventes à tempérament, le partage des attributions administratives entre les différents ministères, ainsi que la surveillance à exercer sur les sports.

Messieurs de l’Assemblée législative,

Les comptes publics de la dernière année financière vous seront distribués et je vous prierai de voter le budget des dépenses pour le prochain exercice.

Le comité des comptes publics sera invité à poursuivre le travail qu’il a commencé.

Honorables Messieurs du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

Vos délibérations s’inspireront, je n’en doute pas, du désir de réaliser le bien commun. Je demande à Dieu de les bénir afin qu’elles assurent mieux le progrès de notre chère province et le bonheur de toute sa population.

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