Discours du trône, Québec, 15 février 1950

15 février 1950
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Honorables Messieurs du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

L’ouverture de la deuxième session de la présente Législature coïncide avec les premières semaines de l’Année sainte. La province et le gouvernement catholiques de Québec ont accompli un agréable devoir en déléguant deux membres de notre Conseil Exécutif aux mémorables cérémonies d’inauguration qui eurent lieu, le vingt-quatre décembre dernier, dans la Ville Éternelle. Nous désirons réitérer à Notre Très Saint Père le Pape nos hommages respectueux et filiaux.

A Son Excellence notre lieutenant-gouverneur, nous offrons nos souhaits cordiaux d’un prompt et complet retour à la santé.

Au mois de janvier dernier, une conférence d’importance primordiale eut lieu à Ottawa. Les représentants de la province ont alors exprimé notre sincère désir de coopérer avec les autorités gouvernementales canadiennes à la préparation ainsi qu’à la rédaction d’une constitution canadienne, faite et décidée au Canada, par des Canadiens et pour les Canadiens. Ils ont offert notre loyal et amical concours à l’adoption d’un acte constitutionnel, fondé sur le système fédératif, respectueux des prérogatives et des droits de chacune des parties composantes, conforme au régime parlementaire et démocratique et possédant tous les attributs administratifs, législatifs et financiers essentiels à tout gouvernement responsable.

La province de Québec veut, de tout cœur, coopérer à la grandeur et à la prospérité du Canada et des provinces, de la nôtre en particulier, sur des bases justes, appropriées et constitutionnelles.

Depuis quelques années, notre province s’enrichit d’un développement insurpassé; c’est pour elle, plus que jamais, le temps de pouvoir exercer, dans leur plénitude, les droits et les prérogatives qui découlent d’un régime Constitutionnel fédératif, fondé sur les Pouvoirs indispensables à chaque gouvernement responsable. En ces derniers temps, de nombreuses et fécondes initiatives ont été réalisées dans tous les domaines de l’administration provinciale. Mon gouvernement s’emploiera à compléter et perfectionner ces initiatives afin de continuer à donner à l’administration et à la législation de notre province une orientation définitive et profondément familiale, sociale et nationale.

A notre avis, le paternalisme d’État constitue un grave danger pour le régime démocratique; il engendre d’irréparables désastres. Mon gouvernement est persuadé que le sens de la responsabilité personnelle est absolument nécessaire et que l’initiative individuelle, c’est-à-dire l’entreprise privée, est le système économique qui convient le mieux aux traditions et aux besoins de notre province. Il est le plus conforme à ses meilleurs intérêts et le seul capable de garantir à notre jeunesse de durables et fertiles carrières.

Parmi les entreprises privées, aucune n’a plus d’importance que l’agriculture qui occupe et doit occuper une place prépondérante dans notre économie.

Le prêt agricole provincial, institué en 1936 en vertu des pouvoirs constitutionnels exercés par le gouvernement d’alors, s’est avéré une initiative heureuse et féconde, tant au point de vue familial, paroissial et social qu’au point de vue municipal et national. Pour continuer cette œuvre salutaire, mon gouvernement vous recommandera de voter des subsides additionnels.

Mon gouvernement considère que l’électrification rurale contribue puissamment à la stabilité, au progrès et à la prospérité de l’agriculture et des cultivateurs. Depuis la fondation de l’Office de l’électrification rurale, au mois de juillet 1945, d’immenses progrès ont été réalisés dans ce domaine. En moins de cinq ans, des nouvelles lignes de distribution et de transmission d’énergie électrique, dans nos villages et dans nos paroisses, ont été construites en très grande partie ou sont sur le point d’être complétées. Elles couvrent une distance de plus de 10,000 milles et sont réparties dans toutes les régions de la province, bénéficiant à des milliers de cultivateurs ainsi qu’à leurs familles. Vous serez appelés à voter des crédits supplémentaires afin de contribuer encore plus au développement de cette excellente initiative.

Des subsides substantiels vous seront demandés dans le but d’agrandir et de multiplier les écoles moyennes d’agriculture et de favoriser, par le drainage et la mécanisation, l’amélioration et l’agrandissement de notre domaine agricole.

La colonisation est un complément nécessaire à l’agriculture, au bien-être et au progrès de la province. Mon gouvernement continuera de mettre en application une politique de colonisation pratique et efficace, avantageuse pour les colons, en particulier, et pour notre province en général.

La santé physique, facteur essentiel à la stabilité et à la sécurité publiques, est un des biens terrestres les plus précieux. Mon gouvernement multipliera les améliorations considérables déjà réalisés à ce sujet.

Incontestablement, la santé de l’âme et de l’esprit est d’importance vitale. Il est conforme à la politique de mon gouvernement de maintenir, énergiquement et sans compromis, sa lutte efficace contre les idéologies et la propagande subversives et d’inspiration athée.

Des subsides remarquablement généreux seront consacrés au succès de l’éducation, à tous ses paliers. L’enseignement spécialisé, dont les progrès sont énormes et incontestables, sera facilité davantage.

Comme toujours, mon gouvernement est d’opinion qu’en matière d’éducation les droits des parents et ceux du Conseil de l’Instruction Publique doivent être intégralement sauvegardés.

L’établissement durable et rémunérateur de notre jeunesse recevra toujours, de mon gouvernement, l’attention la plus amicale et la meilleure.

A notre avis, il convient de protéger, contre un système de taxation trop lourd, la petite propriété, facteur de bien-être et de paix sociale. Une nouvelle législation vous sera soumise afin de contribuer encore plus à la diffusion de la petite propriété et d’en faciliter l’accès.

Nous considérons comme un impérieux et patriotique devoir une coopération, juste et loyale, entre le capital et le travail. L’employé et l’employeur ont tous deux des droits incontestables, mais tous deux doivent se souvenir qu’ils ont aussi des devoirs non moins incontestables. Mon gouvernement continuera à respecter et à faire respecter les uns et les autres.

Les services signalés rendus à notre peuple par les différentes professions sont hautement appréciés; toutes seront traitées avec justice, mais la classe ouvrière sera l’objet d’une légitime sollicitude.

Mon gouvernement est fermement convaincu que les richesses naturelles de la province sont des garanties matérielles de vie et de survie nationales. Les meilleures méthodes seront appliquées pour assurer, entre autres, la conservation parfaite et l’utilisation adéquate et rationnelle de notre domaine forestier dont l’importance dans notre patrimoine national est fondamentale. Une législation concernant l’agrandissement de notre domaine forestier sera soumise à votre approbation.

Mon gouvernement porte une attention toute spéciale à la sage utilisation de nos richesses hydrauliques, de manière à ce qu’elles donnent le meilleur rendement possible et le plus avantageux pour la province. Une loi augmentant l’actif de l’Hydro-Québec et facilitant son progrès et celui de la province vous sera proposée.

Le développement minier dans notre province a pris un essor prodigieux. La mise en valeur du Nouveau-Québec et des richesses minières du Saguenay, la construction de la route de Chibougamau et de celle de Senneterre-Mont-Laurier sont de puissants facteurs de merveilleux progrès que mon gouvernement, suivant sa politique, prendra les moyens de multiplier à l’avantage de notre population.

L’immensité territoriale de notre province nécessite une politique de voirie adéquate, progressive et efficace. Mon gouvernement veut doter notre province du meilleur système routier possible, lequel doit tenir compte, non seulement des besoins d’une région, mais de ceux de toute la province, en particulier de régions rurales.

Vous aurez à étudier des projets d’amélioration de notre système de voirie. Ces projets ont nécessité et nécessitent la construction de nombreux ponts qui ajoutent beaucoup à la valeur de notre voirie et répondent aux besoins d’un trafic de plus en plus considérable.

Mon gouvernement est d’opinion que le succès et le progrès de nos pêcheries maritimes, la conservation et l’amélioration de nos pêcheries sportives sont nécessaires au progrès de la province. Une législation et des subsides substantiels, à ces fins, vous seront soumis.

Plusieurs autres projets d’intérêt public vous seront recommandés, dont quelques-uns se rapportent aux systèmes de protection contre le feu, au perfectionnement de notre législation en matières d’assurance, à l’organisation de tribunaux de bien-être social, à la protection de l’enfance, au développement de notre très importante industrie du tourisme.

Messieurs de l’Assemblée législative,

Les comptes publics de la dernière année fiscale vous seront communiqués. Vous voudrez bien voter les crédits nécessaires à l’administration de la province.

Honorables Messieurs du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

Je demande à la divine Providence de bénir et de féconder vos travaux et de répandre sur la province ses grâces les plus abondantes.

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Histoire · Les grosses têtes · Québec

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