Discours du trône, Québec, 14 novembre 1956

14 novembre 1956
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Honorables Messieurs du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

Il me fait plaisir de vous souhaiter la bienvenue au début des travaux parlementaires de la première session de la vingt-cinquième Législature, élue récemment pour une période de cinq ans.

Depuis quelques années, la province de Québec connaît une prospérité extraordinaire que lui méritent les qualités morales et traditionnelles de son peuple. Au milieu des malheureux événements qui bouleversent les pays et les maintiennent dans une douloureuse insécurité, notre province demeure une forteresse de réelle stabilité et de saines idéologies où l’application d’une bienfaisante politique familiale, sociale et nationale procure à son peuple un bien-être véritable et de solides progrès.

Le gouvernement est fier de n’avoir jamais fait de compromis avec les communistes ou leurs auxiliaires, qui sont à la source de presque toutes les difficultés internationales.

Nous souhaitons qu’une paix durable, basée sur la justice et la liberté bien comprise, règne enfin sur le monde. Nous prions la divine Providence que tous les peuples obéissent au message de paix de Sa Sainteté Pie XII. Nous rendons de nouveau respectueusement hommage au Saint Père à l’occasion des glorieux anniversaires qu’Il a célébrés le printemps dernier et qui ont été marqués par des fêtes grandioses auxquelles le gouvernement était dignement représenté par trois de ses ministres.

Le gouvernement, dont le mandat vient d’être renouvelé par l’électorat, pourra continuer de réaliser le plan d’ensemble dont s’inspire sa politique. Cela doit se faire progressivement, en fonction des besoins et des intérêts légitimes de toutes les classes et de toutes les régions de la province et en tenant compte des dépenses qui s’en suivent et que seuls peuvent solder les impôts venant du peuple, déjà taxé par d’autres gouvernements. C’est pourquoi toutes les réformes sociales ou économiques désirées et désirables ne peuvent être accomplies en une seule session. Les nombreuses initiatives du gouvernement dans le domaine administratif et législatif de la province seront continuées, multipliées et perfectionnées, s’il y a lieu.

Le gouvernement est d’opinion qu’une agriculture prospère et heureuse est essentielle à la province. Il poursuivra sa politique de prêt agricole qui répond aux besoins particuliers de la province, qui a stabilisé les finances des individus aussi bien que celles des corporations municipales, scolaires et paroissiales et qui a permis à plus de vingt-deux mille sept cents jeunes gens de s’établir sur des fermes. Il est important de souligner que le crédit agricole provincial a mis en relief l’honnêteté foncière de nos cultivateurs qui ont effectué scrupuleusement tous leurs remboursements, très souvent même avant l’échéance.

Sera complétée l’électrification rurale de la province dont les progrès ont été Si extraordinaires, ces dernières années, que déjà presque toutes les fermes bénéficient, tant au point de vue domestique que pour leur exploitation, des avantages de l’électricité.

Le développement de l’enseignement agricole, l’organisation de la vente des produits de la ferme, la mécanisation des travaux agricoles sont autant de réalisations progressives que le gouvernement entend multiplier. Le drainage, qui étend notre domaine arable, est une forme pratique de colonisation pour les vieilles paroisses et le gouvernement continuera de consacrer des sommes importantes à ces fins salutaires.

Le gouvernement s’emploiera encore à coopérer généreusement à l’établissement des colons dans les nouvelles régions de manière à ce que le labeur de leurs premières années ne détruise pas leur esprit d’initiative mais leur permette de se transformer, aussi rapidement que possible, en cultivateurs prospères.

La Providence nous a dotés de merveilleuses richesses naturelles dont la mise en valeur, en ces dernières années, contribue puissamment au développement et au progrès de la province en particulier et du pays en général.

Notre domaine forestier, nos ressources hydrauliques, les métaux de nos mines ont bénéficié, ces dernières années, de développements gigantesques qui ont puissamment contribuer à enrichir la province et le pays et à procurer à notre peuple des emplois nombreux et rémunérateurs.

Le gouvernement considère que les capitaux étrangers sont nécessaires au développement de la province et de ses ressources pourvu que leurs détenteurs soient respectueux de nos lois et répondent aux légitimes ambitions de notre peuple.

Le gouvernement désire assurer le respect des droits et des employés et des employeurs. Il tient à rappeler, à tous, que les droits sont toujours accompagnés de devoirs et que le travail, malgré les transformations de la société moderne, demeure une obligation fondamentale.

Il est conforme à la politique du gouvernement d’accorder à l’entreprise libre la place importante qui lui revient dans l’économie de la province, car l’entreprise libre est une excellente garantie de progrès durable et d’ambitions légitimes nécessaires; c’est le système économique le plus conforme à nos meilleurs intérêts et le plus capable de garantir à notre jeunesse de durables et fertiles carrières.

Le gouvernement estime qu’un système de voirie et des moyens de communications de plus en plus perfectionnés, répondant aux besoins de la province en général et de la classe agricole en particulier, sont des facteurs de progrès et comportent des activités indispensables.

C’est l’opinion définitive du gouvernement que la décentralisation industrielle est nécessaire à l’économie de la province et que la décentralisation administrative et législative est essentielle au régime parlementaire et démocratique; il considère très importante la mise en application d’un régime fiscal juste et approprié aux besoins et aux droits légitimes des corporations municipales et de leurs contribuables.

Il est certain que le plus grand actif de la province réside dans sa population et, en particulier dans sa jeunesse. Pour coopérer à leur bien-être et à leur prospérité, des subsides remarquablement généreux seront consacrés au succès de l’éducation à tous ses paliers: élémentaire, secondaire, spécialisé et universitaire. L’enseignement spécialisé, entre autres, -intimement lié au développement industriel -, a pris un essor considérable dans la province depuis l’institution du ministère de la Jeunesse, il y a dix ans.

Comme toujours, le gouvernement est d’opinion qu’en matières éducationnelles, les droits des parents et ceux du Conseil de l’Instruction publique doivent être sauvegardés. Nous, du Québec, avons raison de nous glorifier de notre remarquable système éducationnel que nous entendons conserver jalousement, parce qu’il tient compte des valeurs religieuses et morales et qu’il respecte les droits de tous. Le gouvernement désire vivement, à la lumière des droits et des devoirs de tous et chacun et en autant que raisonnablement possible, multiplier les améliorations à tous les paliers de l’enseignement.

Une des plus fécondes manifestations de véritable sécurité sociale et de saine législation sociale réside dans la protection et l’amélioration de la santé publique. Le gouvernement a opéré des réformes considérables et pris de nombreuses et salutaires initiatives dans ce domaine. Il est désireux de multiplier ces initiatives et d’appliquer les méthodes qui s’avéreront les meilleures et les plus progressives pour sauvegarder la santé publique, mais sans compromettre nos droits essentiels.

Dans un domaine important entre tous, le gouvernement réaffirme que le facteur qui assurera le mieux l’unité canadienne bien comprise – et qu’il désire sincèrement -, réside dans le respect de l’autonomie provinciale et dans la fidélité à l’esprit comme à la lettre du pacte fédératif. Il est juste et nécessaire que la province de Québec puisse exercer, dans leur plénitude, les droits, prérogatives et libertés qui lui appartiennent, dont dépend son avenir et qui lui sont, par surcroît, reconnus par le pacte fédératif.

La stabilité et la sécurité sociales, municipales, provinciales et nationales dépendent, en bonne partie, de la stabilité et de la sécurité constitutionnelles. Les développements formidables, dont bénéficie notre immense province et qui profitent largement au fisc fédéral, nécessitent, quant à la province, des dépenses très élevées qui exigent l’utilisation plus adéquate des sources de revenus que le pacte fédératif et la justice reconnaissent aux provinces, à la province de Québec en particulier. Le gouvernement reconnaît les droits et les obligations de l’autorité fédérale; il réitère que la province ne demande pas de faveurs mais bien le respect intégral de ses droits.

Dans l’opinion définitive du gouvernement, les attributions essentielles au gouvernement responsable, – qui a coûté très cher et que nous considérons très précieux, – doivent être respectées et sauvegardées. Il est indéniable qu’au point de vue matériel un des éléments indispensables du gouvernement démocratique et responsable se trouve dans les pouvoirs fiscaux nécessaires à chaque autorité gouvernementale: fédérale, provinciale et municipale.

C’est notre intime désir de coopérer à la grandeur et à la prospérité de notre cher pays, mais dans le respect des droits et prérogatives de tous et chacun.

Messieurs de l’Assemblée législative,

Les comptes publics de la dernière année fiscale vous seront communiqués et vous voudrez bien voter les subsides nécessaires à l’administration.

Honorables Messieurs du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

Je prie la divine Providence de bénir vos travaux au cours de cette session que j’ai l’honneur d’inaugurer au nom de Sa Majesté la Reine.

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Histoire · Les grosses têtes · Québec

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