Discours du trône, Québec, 12 février 1947

12 février 1947
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Honorables Messieurs du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

La troisième session de notre vingt-deuxième législature débute au lendemain d’un deuil cruel, universellement ressenti. La province de Québec dépose sur la tombe de l’illustre Cardinal Villeneuve l’hommage ému de tout son peuple.

Nous déplorons aussi la mort de l’honorable Sir Thomas Chapais. Devant la mémoire de ce grand Canadien, nous nous inclinons en témoignage de respect et d’admiration.

Au cours de l’année qui vient de s’écouler, la mort a frappé l’honorable Médéric Martin et l’honorable Gordon Hyde, conseillers législatifs; Monsieur W J Duffy, député de Compton, l’honorable Cyrille Dumaine, député de Bagot et Monsieur Dennis J O’Connor, député de Huntingdon. Nous gardons vivace le souvenir de ces regrettés disparus.

La Conférence intergouvernementale canadienne, qui siégea à Ottawa, à de nombreuses reprises, depuis le mois d’août 1945 jusqu’au début de mai 1946, a été ajournée sine die sur proposition des autorités fédérales.

Mon gouvernement tient à affirmer de nouveau sa politique de toujours en matière de relations intergouvernementales canadiennes. Conformément au principe même de la confédération, principe fondé sur une loyale coopération, le gouvernement de la province de Québec est disposé à collaborer avec le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux afin de rechercher et d’appliquer les méthodes les meilleures et les plus efficaces pour atteindre les fins du pacte fédératif.

Mon gouvernement a inauguré et continue d’appliquer, dans la législation et l’administration de la province, une politique familiale, sociale et nationale. Il est donc juste et nécessaire que la province de Québec puisse exercer, dans leur plénitude, les droits, prérogatives et libertés qui nous appartiennent, qui sont indispensables à notre avenir national, et qui nous sont d’ailleurs reconnus par l’Acte de l’Amérique britannique du Nord.

Mon gouvernement est fermement convaincu que la constitution canadiennes est un pacte d’honneur entre les deux grandes races du Canada et qu’elle ne peut être honnêtement modifiée sans le consentement des parties contractantes. La province de Québec respecte ce pacte; elle désire qu’il soit respecté dans son intégrité.

Mon gouvernement entend, comme toujours, coopérer à la grandeur du Canada. Il estime que la meilleure garantie d’unité et de prospérité nationales réside dans l’application d’une politique de décentralisation législative et administrative.

Nous sommes à l’aube d’un développement commercial et industriel insoupçonné jusqu’ici. Nos richesses naturelles, dont la divine Providence a abondamment pourvu la province, auxquelles s’ajoutent les valeurs spirituelles et morales de notre peuple, nous offrent les plus belles perspectives d’avenir. Mon gouvernement continuera de promouvoir, par tous les moyens à sa disposition, les initiatives saines ayant pour but d’assurer à la province de Québec plus de bien-être et de prospérité durables.

Nous considérons que le progrès véritable doit être dégagé du paternalisme d’état. Nous croyons que notre province sera développée de façon plus rationnelle et plus rapide par l’initiative privée bien entendue, c’est-à-dire saine, juste, consciente de ses devoirs et de ses droits, respectueuse de ses obligations envers le peuple, envers la province, envers la nation.

Il n’y a pas et il n’y aura jamais de place dans la province de Québec pour la propagation des idéologies subversives. Nous ne sommes pas des démolisseurs, nous sommes des bâtisseurs de pays. Le bon sens traditionnel des nôtres ne confondra jamais la licence avec la liberté, et les doctrines communistes ou révolutionnaires seront réprimées par le gouvernement, conscient de se rendre au désir d’une population saine qui veut le progrès dans la paix et l’ordre.

Pour que notre progrès économique soit fécond, la coopération entre le capital et le travail est indispensable. Les employeurs et les employés ont des droits, mais ils ont aussi des devoirs. Mon gouvernement continuera à respecter, et à faire respecter, les uns et les autres.

Mon gouvernement fera tout ce qui est raisonnablement possible pour aider à l’essor industriel et commercial de la province, mais il continuera à assurer un équilibre toujours meilleur entre la ville et la campagne. Nous n’oublierons pas que l’agriculture doit rester la pierre angulaire de notre stabilité économique nationale.

Déjà mon gouvernement a donné aux cultivateurs le Prêt agricole provincial qui les a puissamment aidés à traverser les périodes de crise d’avant et d’après-guerre et qui a stabilisé les finances des individus, des paroisses et des corporations municipales et scolaires. Mon gouvernement vous présentera une loi s’y rapportant.

L’électrification rurale, par l’entremise des coopératives, fait beaucoup de progrès et nous avons maintenant la certitude que, dans très peu d’années, ces cultivateurs pourront largement bénéficier des avantages incalculables qui en découlent.

Pour assurer la pérennité de nos établissements agricoles, mon gouvernement vous présentera une législation ayant pour objet de les protéger contre les risques du feu et de faire bénéficier chaque collectivité rurale d’une eau pure provenant d’aqueducs appropriés.

Le gouvernement considère que le succès et le progrès de la colonisation sont d’une importance vitale. Il continuera sa politique de récupérer, par le drainage, les terres marécageuses qui avoisinent nos paroisses établies.

Nos forêts sont une de nos ressources naturelles les plus riches et les plus productives. Nous entendons améliorer les moyens d’en assurer la permanence. Nous désirons faire servir les ressources naturelles au bien-être, au progrès et à la prospérité de notre population.

Les développements miniers, entre autres ceux du Nouveau Québec, autorisés l’an dernier par la législature, et ceux facilités par la construction récente de la route de Chibougamau, offrent à la population de la province les perspectives les plus brillantes et les plus fécondes. Mon gouvernement entend sans cesse pratiquer, par tous les moyens raisonnables dont il dispose, sa politique de mise en valeur de toutes les régions minières de la province.

Comprenant les avantages d’un excellent système de routes, mon gouvernement continuera à parfaire notre voirie, surtout notre voirie rurale.

La santé de notre population est l’objet de notre constant souci et les mesures déjà prises par mon gouvernement pour en assurer la sauvegarde seront multipliées.

Le gouvernement veillera avec soin à procurer à notre jeunesse les bienfaits immenses de l’éducation et coopérera efficacement à assurer son établissement durable.

Nous accorderons au tourisme l’importance que mérite une de nos principales industries. Le tourisme profite à tous et nos visiteurs sont particulièrement attirés par le charme unique de la campagne québécoise, par le maintien de nos traditions et la grandeur de nos sites historiques.

Nous portons une attention toute spéciale à l’amélioration constante de nos pêcheries maritimes et à l’ouverture de marchés avantageux pour nos pêcheurs. Nos pêcheries sportives sont très en vogue chez notre population et attirent vers la province nombre dé visiteurs. Nous voulons les protéger de façon à en assurer la permanence.

Plusieurs projets susceptibles d’améliorer le sort des différentes classes de notre société, qui contribuent toutes au progrès de notre province, vous seront présentés. Nous sommes convaincus qu’ils seront l’objet de votre étude attentive et bienveillante.

Messieurs de l’Assemblée législative,

Les comptes publics de la dernière année fiscale vous seront communiqués et je vous prie de voter le budget des dépenses pour le prochain exercice.

Honorables messieurs du Conseil législatif,
Messieurs de l’Assemblée législative,

Vos délibérations, je n’en doute pas, seront fructueuses et je demande à Dieu de bénir et de féconder vos travaux pour qu’ils contribuent au bonheur de notre province et de sa population.

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Canada · Histoire · Les grosses têtes · Québec

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