Ayn Rand vs Conservatisme (2e partie)

7 décembre 2020
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Dans la première partie de notre sujet, nous avons examiné certains des principaux idéaux mis de l’avant par l’iconique philosophe Ayn Rand. (Si vous ne l’avez pas lu, je vous recommande de le faire d’abord en cliquant ici pour lire cette première partie.) Il va sans dire que c’est une analyse de survol, car le format actuel ne convient pas à une étude détaillée en profondeur.

Les bons points

Nous avons parlé de la nécessité de définir nos idéaux par la raison, et ce, de façon tout à fait objective et logique pour demeurer appuyés sur les faits de la réalité et non sur des sentiments, des souhaits, des émotions ou des craintes, qui sont toutes des choses relatives, subjectives, et sujets à varier selon les différences personnelles de chacun. Seuls la vérité et les faits constituent des bases efficaces pour la survie d’une espèce.

Nous avons aussi vu que l’idéal politique de Rand était une société de « capitalisme laissez-faire ». Dans un tel système, tous, grands et petits ainsi que faibles et forts, négocient sur des bases libres et égales (et sans interférence d’un gouvernement) pour échanger des produits et services en vue de bénéfices mutuels.

Contre l’interventionnisme et le monopolisme

Ici il serait essentiel d’ajouter que pour elle le pire phénomène économique constitue l’intervention/ingérence d’un gouvernement qui aide un capitaliste à s’affermir face à un compétiteur local, soit en favorisant cet entrepreneur par des conditions particulières, des subventions en argent, ou même – et surtout – en émettant un monopole garanti par force de loi, ce qui est injuste et illégitime. (Pensons ici à la S.A.Q., Hydro-Québec, Loto-Québec, etc.)

(Note : Pour revenir au titre de ce chapitre; « monopolisme » est bien un mot de la langue française. Larousse le définie comme étant la tendance à pousser la constitution de monopole. Ces adeptes se nomme « monopoliste : Qui impose un monopole ». L’interventionnisme, pour ra part, est la doctrine qui préconise l’intervention de l’état dans le domaine économique.)

Monopole vs Conservatisme

Pour un conservateur, le seul monopole qui devrait pouvoir exister est une sorte de monopole qui s’installe et existe uniquement grâce à une compétitivité supérieure. Parmi les exemples de notre époque, on retrouve la plateforme de recherche de Google. Aucune loi n’empêche les autres moteurs de recherche d’exister, mais certains anciens géants, tels que AOL et d’autres, n’ont tout simplement pas su demeurer compétitifs. (Dans notre interprétation populaire du mot « monopole », Google ne détient pas de monopole. Les autres moteurs de recherche existent toujours et demeurent libres de compétitionner avec Google, mais rares sont les gens qui préfèrent d’autres moteurs de recherche à ce dernier.) 

Les moins bons points

Si les idéaux proposés par Ayn Rand semblaient des concepts nouveaux (certains aspects spécifiques mis à part) ce n’était pas tout à fait le cas de manière générale. En effet, l’esprit de la Constitution américaine dans son essence laissait déjà toute la latitude à faire des idéaux mentionnés plus haut une réalité. Cette liberté de l’homme (« homme » était le mot qu’elle employait pour décrire ses concepts) de même que cette liberté d’échange ainsi que cette garantie de non-intervention du gouvernement, et cette reconnaissance officielle du droit de chacun à entreprendre la poursuite de son propre bonheur; tous ces idéaux étaient déjà et sont toujours la base de la constitution des États-Unis.

Là où elle erre dans ses préceptes, c’est dans son obsession du principe d’égoïsme que nous avons mentionné dans la partie un, ainsi que dans son aberration à l’encontre du principe d’altruisme; c’est-à-dire de se sacrifier pour aider au bénéfice d’autrui. Elle voyait ce principe d’abnégation comme étant un mal inculqué par la société.

Pour elle, les seules fois où quelqu’un aide une autre personne sont :

1) dus à un comportement programmé par une société contrôlante qui nous inculque que nous devons le faire,

ou

2) fait en fait partie d’un contrat social où nous aidons quelqu’un uniquement parce qu’au fond – consciemment ou inconsciemment – nous en retirons un sentiment d’affirmation et de bien-être égoïste; donc pour nous faire bien sentir en nous-mêmes.

L’erreur d’interprétation

Ici, Rand commet une erreur dans le motif qu’elle croit percevoir derrière ces actes de « self-sacrifice ». Possiblement parce que de son propre aveu, c’est ainsi qu’elle le voyait dans son propre cas. Elle prétendait que l’homme qu’elle avait marié détenait un visage qui représentait la perfection faciale. Elle disait aussi qu’elle l’aimait, mais parce qu’elle en retirait elle-même des bénéfices; parce que ça la satisfaisait de l’aimer et de lui être mariée. Donc elle retirait de ce « contrat » tout autant que ce que lui en retirait. Donc il s’agissait pour elle d’un échange mutuel bénéfique pour les deux parties.

Maintenant, la vérité

C’est ici où Ayn fait fausse route dans son interprétation des motifs derrière le principe de sacrifice pour autrui.

La raison de son erreur est, ironiquement, qu’ici elle base son interprétation des faits sur des bases non pas objectives, mais plutôt sous l’influence de ses propres convictions, et aussi de son arrière-plan.

En effet, Ayn est née et a passé la majeure partie de son enfance, de sa jeunesse, et de ses hautes études, soumise aux abus de la révolution soviétique. C’est avec le regard fixé sur les abus des révolutionnaires et le contrôle de cette nouvelle gouvernance qu’elle a appris à connaitre l’homme. Tout le monde se faisait voler par le gouvernement. C’était chacun pour soi. Chacun pouvait dénoncer son prochain pour obtenir quelques faveurs de l’état. On ne pouvait faire confiance à personne. Est-il vraiment étonnant qu’elle ait perçu les gens de notre continent sous ce même regard? Son « objectivité » pouvait-elle vraiment prétendre n’être aucunement influencée par l’enfance et la jeunesse dans laquelle elle avait appris à interpréter les gens?

On peut d’ailleurs constater cette influence dans ses discours. En effet, lorsqu’on entend Rand expliquer son dédain de l’altruisme elle en parle toujours comme d’une chose imposée : comme si nos actes de générosité étaient faits sous la force ou parce qu’on nous avait lavé le cerveau pour rendre ce comportement obligatoire moralement. Or, s’il est vrai qu’il peut exister un certain sens « d’obligation » morale dans le fait d’aider son prochain, il n’existe pas un système d’endoctrinement qui nous l’aurait imposé. La preuve est que plusieurs de vous qui lisez ceci avez déjà fait un acte de charité pour un sans-abri et n’avez jamais vraiment fréquenté d’église qui vous y aurait encouragé et n’y étiez vous forcés par le gouvernement non plus.

Le fait est que là où Rand base ses théories sur la nécessité de tout considérer objectivement sans être influencés par nos sentiments, elle a été incapable de voir que sur l’interprétation des motifs du cœur, son propre arrière-plan ne lui permettait pas d’être objective.

La seconde chose qui influençait son objectivité est la suivante :

Le reste de ses enseignements était basé sur les faits. Par exemple, ce qui est bénéfique pour l’économie se calcule en chiffres. (Par exemple : ici, chez nous, vous remarquerez que notre économie va mal, car elle néglige les réalités mathématiques et est plutôt basée sur des idéaux comme ceux d’un Justin Trudeau, pour qui n’importe quelle fin justifie TOUS les moyens, ainsi que sur des motifs sentimentaux ; genre : Au Québec les pauvres doivent avoir accès gratuit à… tout ou presque, alors on s’endette. Ou encore : Bombardier va mal? Encore une fois, on met la main dans la caisse commune. Vous voyez la différence?)

Conclusion

Les mathématiques sont une science exacte. Ils ne changent pas au gré des idéaux. Même chose pour les énoncés de Rand en ce qui a trait au libre marché ou au capitalisme par rapport au socialisme ou par rapport au communisme : les faits et les résultats de chacun sont calculables et vérifiables.

Cependant, interpréter les motifs du cœur? Voilà où la capacité d’analyse de Ayn Rand ne peut prétendre être basée sur des faits, mais bien plutôt uniquement sur ses propres théories qui cette fois ne peuvent se baser sur des éléments vérifiables. Voilà exactement pourquoi il est dit que le coeur a ses raisons que la raison ignore.

Prochainement

Alors voici : je me propose, dans mon troisième et dernier volet de cette analyse des bons et moins bons principes de cette icône, de vérifier avec vous ce que nous pouvons conclure de l’histoire des États-Unis face aux hypothèses de Rand sur le sujet de l’altruisme.

Nous ne verrons donc pas simplement Ayn Rand face au Conservatisme, mais aussi; Ayn Rand face à l’histoire des États-Unis. Abonnez-vous à notre page Facebook pour ne pas manquer cet article.

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Conservatisme · Histoire · Philosophie

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